Bocuse Fast food

Paul Bocuse (la légende, le "Pape", 80 ans), profite des Bocuse d'Or (23-24 janvier 2007), pour annoncer qu'il a décidé d'ouvrir un fast food, nous apprend le Figaro. Cet article, intitulé : "l'insatiable Paul Bocuse se décline", n'aurait-il pas été plus judicieux de lui enlever le "se"?

Le Grand Chef descend encore en gamme : après la chaîne de 4 brasseries dans la région lyonnaise (qu'il voudrait apparemment développer ailleurs, au Japon par exemple), le but est de proposer un repas pour un budget de 6-12 euros. On aurait du s'en douter, puisque, lors d'une interview (assez complaisante) de Ducasse et Bocuse dans Paris Match, Bocuse semblait encore plein de ressources. Ils étaient tous les deux très fiers (auto congratulation) de la place de la Gastronomie Française dans le monde. C'est en effet très bien de pouvoir manger "Français" partout dans le monde (ou plutôt dans les grandes villes riches), mais en même temps c'est dommage parce qu'on s'éloigne des terroirs alors que l'environnement, le terroir, le contexte, jouent un rôle non négligeable en cuisine et gastronomie… 

La voie choisie par Alain Senderens : laisser tomber les chichis, faire moins cher, mais ne pas trop se disperser, n'est-elle pas plus saine? En même temps, ils semble que pour Christian Constant, au Violon d'Ingres, ce ne soit pas encore ça (d'après François Simon).

Revenons à nous moutons. On connaissait déjà le Fast Good de Ferrán Adrià à Madrid (de 9 à 18€, 13€ en moyenne selon l'expérience de Wonder Sophie), be, le concept boulangépicier de Ducasse à Paris. En Suisse aussi, on s'y met : Philippe Guignard lance un fast food gastronomique.

Décidément, la logique de gain et de compétitivité économiques + le marketing balaieront tout sur leur passage : Sodexho (cantines/restaurants d'entreprise)  fait du "Prestige". D'un autre côté, les grands chefs font des versions plus accessibles et multiplient les restaurants, pas encore tous fast food, mais ça viendra (Ducasse, Robuchon, Gagnaire, Guy Martin, Westermann, Vongerichten, Boulud, Keller…). La notion d'artisanat se perd un peu, ça se rationalise, s'uniformise. Les originaux ou les déclinaisons ne sont pas forcément réussies (cf. expériences d'Aiste chez Bocuse ou au Sensing). Ne généralisons pas non plus, parfois, il y a de bonnes surprises.

Vu qu'il existe de la contrefaçon dans l'habillement et le luxe depuis des années (faux Lacoste, fausses Rolex, faux Louis Vuitton…), il ne faut pas être surpris par l'émergence de ces "faux" originaux. Mais attention, comme disait mon prof de maths préféré en prépa : "il ne faut pas prendre le Canada Dry pour ce qu'il n'est pas".

Mots-clefs : , ,

Le commentaires sont fermés.